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Au moment où la crise sanitaire  met particulièrement à mal la pluralité de nos liens affectifs et sociaux, l’artiste ZHAO Duan met en œuvre une esthétique relationnelle accordant une importance particulière au contact tactile. Sa série emblématique des Cent titres offre une installation saisissante en témoignage de l’expérience du confinement. 

Le travail de ZHAO Duan intègre avec une grande liberté une  multiplicité de médiums – dessin, peinture, vidéo, photographie,  installation, performance…dont elle cherche en permanence à renouveler  les codes et les supports. Ainsi, la peau devient fréquemment une  surface sur laquelle l’artiste peint, en accordant une importance  particulière au contact direct et tactile avec le corps. Elle recourt  notamment à la technique de l’empreinte pour transférer une image ou une  forme recueillie au cours d’une performance sur de nouveaux supports.  

C’est le cas de la série emblématique des Cent titres qui offre une  installation saisissante en témoignage de l’expérience du confinement. Pendant la seconde période des mesures de distanciation sociale en  France, ZHAO Duan a invité pendant un mois et demi une centaine de  personnes, réalisant une performance aux allures de défi à l’heure où  nous étions privés de tout contact avec les autres.

Vidéo de l’installation Cent titres

Dans un dispositif  qui relève pleinement de l’esthétique relationnelle, l’artiste a fait le  portrait de chacun de ceux qu’elle recevait en le peignant au creux de  leurs mains, puis transféré par empreinte sur plexiglas l’image de ces  visages, parcourus ainsi des anfractuosités des plis de peau, et troués  d’un blanc en forme de masque à l’endroit concave de la paume. Il en  résulte un ensemble imposant de « sans figures », visages masqués qui  semblent flotter sans corps, à l’instar de fantômes errant dans  l’entre-deux, ni vivants ni morts, ni présents ni absents, véritables  figures de l’inquiétante étrangeté. 

Détail de l’installation Cent titres

Dessiner jusqu’aux limites du support et du supportable

Les autres séries  d’œuvres mettent également en jeu une relation au corps convoquant toute  la maîtrise gestuelle de l’artiste à travers une pratique du dessin qui  devient le résultat d’une performance, dont le protocole est aussi  simple qu’exigeant : « Dessiner un seul motif en répétant, de gauche à  droite, de bas en haut, jusqu’à l’usure complète du stylo. » 

L’art  du dessin manifeste alors la seule ténacité à persister dans l’acte de  dessiner jusqu’aux limites du support et du supportable. L’œuvre devient  un bloc de durée cristallisée : un mois condensé sur 1 mètre carré !  Les dessins étant parfois travaillés des centaines d’heures témoignent  d’une véritable ascèse en forme de méditation à laquelle se contraint  l’artiste. La sobriété des matériaux employés (stylo, papier) contribue  aussi à revaloriser la pureté du faire artistique. Éloge du poien ; ode à  la main aussi ! Car, l’art de ZHAO Duan est une apologie implicite de  la manualité qui aurait fait le bonheur des grands apologues de la main :  Aristote, Diderot, Riegl, Valéry, etc.  

Temps condensé

ZHAO Duan  reprend, également, à son compte une esthétique de la répétition, dans  laquelle une forme simple est reproduite inlassablement. Dans la série  des dessins à l’encre, c’est l’unique motif d’un simple nœud – symbole  du temps – qui est répété, conférant à la surface dessinée une dimension  de tissage à partir d’un même fil continu comme dans la couture.

Danse des abeilles

L’espace pictural ainsi créé est un espace de proximité, d’intimité pour  le dessinateur et le spectateur qui requiert une vision haptique autant  qu’optique. Ici, pas de monde à comprendre ou à interpréter. C’est un  univers où il n’y pas de centre ni de sens, mais des parcours  concentriques, nomades, etc. Alors que de nombreux artistes de la  performance se désintéressent de l’existence même d’une œuvre, ZHAO Duan  nous invite à mettre à égalité le geste et l’ouvrage réalisé ; toute  performance devant laisser des traces, en sachant comme disait René Char que « seules les traces font rêver. » 

L’artiste Duan Zhao pour le vernissage de son exposition Cent titres à la galerie Liusa Wang

09/09/2021 – 24/10/2021

Exposition Cent titres
Zhao Duan, galerie Liusa Wang, 77 rue des archives 75003 Paris 

https://www.liusawang.com


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